CHAPITRE XX
Donal haleta sous le choc. Le soldat solindien était plus lourd qu'il pensait. Il serra plus fort son couteau et frappa. La lame heurta la cotte de mailles de l'homme. Donal donna un coup de bas en haut, cherchant à atteindre le point vulnérable, à l'aisselle.
La lame s'enfonça dans la chair. Le Solindien cria et lâcha son épée. Puis il s'écroula, son sang giclant sur la main et le bras de Donal. Le couteau resta planté dans sa chair et échappa au Cheysuli. Il se pencha sur l'homme pour récupérer son arme.
— Donal ! Attention à l'épée ! cria Evan.
Donal se laissa tomber sur un genou. Le sifflement d'une lame près de son oreille lui indiqua qu'il avait bien failli perdre la tête, il se redressa et frappa son agresseur. Il heurta de nouveau l'armure du soldat. Jurant, Donal essaya d'attaquer. L'homme leva un genou dans l'intention de le frapper entre les jambes.
Le prince détourna le coup et recula. Puis il lança le couteau à la gorge de l'homme, qui s'écroula sans un cri.
A côté de lui, Evan se battait avec un Solindien. Taj plongea sur le soldat, qui ne vit pas l'épervier fondre sur lui.
L'homme recula sous la furie des serres.
Un Solindien blessé tomba aux pieds de Donal. Avant de mourir, il parvint à frapper un dernier coup.
Son poignard mordit dans le cuir de la botte gauche de Donal et entama profondément son mollet. Il se dégagea, mais constata aussitôt qu'il avait perdu une bonne partie de sa mobilité.
Jurant, il boitilla pour s'éloigner du soldat mourant.
Lir, lui dit Lorn, va te faire soigner.
Pas encore, répondit Donal en essayant sa jambe blessée. Je peux rester debout pour le moment
Il remit à sa ceinture son couteau ensanglanté, puis détacha son arc cheysuli. Il encocha une flèche et chercha une cible. A ce moment, il sentit la puanteur de la sorcellerie ihlinie.
Tynstar ? se dit-il.
Un brouillard violet se répandit sur le champ de bataille. Donal n'y voyait plus. L'odeur douceâtre de la brume emplit sa bouche et lui donna envie de cracher. Des bras intangibles, humides et malodorants, s'enroulèrent autour de sa gorge.
— Donal ! Par Lodhi, ce sont des démons !
Donal se tourna et essaya de localiser son ami. Mais la brume était partout, lui brûlant les yeux. Il jura.
Lirs ?
Ici, dit Lorn. C'est l'œuvre des Ihlinis.
Je suis au-dessus de toi, répondit l'épervier. Le brouillard est partout. Je ne vois plus le ciel.
— Evan ! cria Donal. Dis-moi où tu es !
Pas de réponse. Donal entendit d'autres voix, comme étouffées par la brume délétère. Des voix qui criaient d'horreur.
— Démons ! fit la voix de l'Ellasien.
Puis il hurla.
Lirs, allez au secours d'Evan, dit Donal.
Je n'arrive pas à te localiser, répondit Lorn.
Un instant après, il apparut aux pieds de Donal, forme rousse dans la masse de brume violette.
Evan est à sept pas de toi, à droite, dit Taj.
Avec sa jambe blessée, Donal eut besoin de plus de sept pas. Mais il vit le corps étendu sur le sol.
— Evan ! cria-t-il en tombant à genoux à côté de lui.
Le prince ellasien se releva d'un bond. Il était pâle et haletant. Un couteau à la main, il faillit frapper Donal.
— Evan ! C'est moi ! dit le prince en reculant.
— Par Lodhi ! Le démon est parti !
— Quel démon ?
Evan tremblait un peu.
— Une... chose à tentacules, une horreur puante... Il est sorti de la brume... Il s'est enroulé autour de ma tête et il a failli m'étouffer. Par Lodhi, je sens encore le goût de cette abomination dans ma bouche !
Donal n'avait rien vu. Il supposa que les démons étaient des illusions produites par les Ihlinis pour les ennemis qui n'étaient pas cheysulis.
— Il est parti maintenant, continua Evan. Même le brouillard semble disparaître. Tu es blessé, dit-il après un coup d'œil au cuir taché de sang de la botte de Donal.
— Ce n'est pas grave, le rassura Donal.
Evan s'agenouilla et écarta le cuir coupé.
— L'entaille est très profonde. Tu as de la chance que ton os soit intact. ( II se leva et prit le coude de son ami. ) Viens, je vais t'amener à un chirurgien.
— On dirait que la bataille est finie. Je vois les deux armées battre en retraite.
— Je parierais que personne n'a gagné, une fois de plus. Combien de temps cette idiotie va-t-elle encore durer ? demanda Evan.
— En deux mois, nous n'avons pas avancé, souligna Donal.
— C'est vrai. Nous avons les Cheysulis, mais les Solindiens ont Tynstar et ses serviteurs.
— Nous gagnerons, Evan. Les dieux sont de notre côté.
— Oui, ricana Evan. Je ne doute pas que les Solindiens disent la même chose... A part que leurs dieux sont différents des vôtres !
Donal serra les dents.
— Cessons de discuter de la guerre.
— D'accord ! D'ailleurs, pourquoi parler de batailles quand il y a des femmes dans le secteur ?
Malgré la douleur, Donal ne put s'empêcher de sourire.
Karyon entra quand le chirurgien nouait les derniers fils de soie dans la jambe de Donal.
— Ce n'est pas trop grave ?
— Non, mon seigneur, dit le médecin. Cela va le gêner un peu, mais la blessure devrait guérir sans problème.
— Parfait, dit Karyon. Les rumeurs m'avaient fait penser que tu avais perdu une jambe !
— Elles étaient exagérées, lança Donal.
— Tu crois que tu auras besoin d'une béquille ? demanda Evan.
Le pansement terminé, Donal renvoya le chirurgien en murmurant des remerciements. Puis il leva les yeux vers Karyon.
— Mon seigneur...
Il fut de nouveau confronté au vieillissement du Mujhar. Et il se souvint de ce que Finn avait fait.
— Oui ?
Donal détourna le regard.
— Non, rien, marmonna-t-il.
— Un message pour le Mujhar ! cria une voix.
— Ici ! appela Karyon.
Un jeune homme en livrée royale entra et s'inclina.
— Mon seigneur, des messages, pour vous et le prince d'Homana.
— Celle-ci est pour toi, dit Karyon en lui tendant une missive.
Donal brisa le sceau et lut le message. Dès qu'il eut fini, il leva les yeux et rencontra le regard interrogateur de Karyon.
— Aislinn, mon seigneur. Elle a fait une fausse couche. Un garçon.
Karyon resta immobile un instant. Puis il tendit la main et prit le message, le déchirant presque en deux. Il le lut et ferma les yeux.
Karyon froissa lentement le parchemin.
Il rouvrit les yeux.
— Je suis désolé, dit-il enfin. La perte d'un fils...
Il ne termina pas sa phrase.
Donal laissa libre cours à sa peine. Un fils, mort avant d'avoir vécu... C'était déjà arrivé une fois, quand Sorcha avait perdu leur premier enfant. Ian et Isolde étaient nés sans problème, et il avait oublié. Jamais il n'avait douté qu'Aislinn lui donnerait un enfant en bonne santé. Il n'avait pas envisagé la possibilité qu'elle le perde. Qu'elle perde son héritier.
— Mon seigneur, dit Donal, Aislinn écrit qu'elle s'est remise. Elle va bien.
— J'en remercie les dieux, souffla Karyon en regardant le rouleau qu'il tenait en main. Cela vient peut-être aussi d'Aislinn...
Il brisa le sceau et lut le message.
— Mon seigneur ? demanda Donal, voyant l'expression choquée du Mujhar.
Karyon se détourna. Il alla à l'entrée du pavillon et appela Rowan.
Il parla quand le général entra dans la tente.
— Osric d'Atvia a lancé une invasion à partir du port d'Hondarth.
— Osric ! fit Donal.
— Il a l'intention de marcher sur Mujhara pendant que nous nous occupons de Tynstar ? demanda Rowan.
— Oui, dit Karyon. Il a été arrêté à une semaine de Mujhara. Les troupes le contiennent, mais pour combien de temps ?
— Nous sommes à un mois de route de Mujhara, Osric à une semaine seulement. Nous devons partir tout de suite !
— Et perdre Solinde, dit Karyon. Peut-être est-ce Tynstar qui a suggéré ce plan à Osric. Quand-celui-ci aura vaincu les quelques troupes qui défendent la capitale, nous serons pris entre deux feux. ( Il se tourna vers Donal. ) Comprends-tu ce que nous devons faire ?
— Oui. Nous devons arrêter à la fois Tynstar et Osric.
Evan fronça les sourcils.
— Mon seigneur... Si vous déplacez votre armée de Solinde à Homana, êtes-vous sûr de perdre ce royaume ?
— Avec Tynstar ici ? Cela ne fait aucun doute. Donal, dis-moi ce que nous devons faire.
— Nous battre sur deux fronts, mon seigneur. Partager l'armée en deux.
— C'est notre seule chance. ( Karyon se tourna vers Rowan. ) Parle aux officiers et aux chefs de clan. Je veux que les Cheysulis restent ici pour lutter contre les Ihlinis. Le reste de l'armée combattra Osric. Rowan, tu viens avec moi à Mujhara. ( Il regarda Donal. ) Toi aussi. Mais tu ne resteras qu'une semaine ou deux à Mujhara, puis tu reviendras ici prendre le commandement.
— Non ! s'écria Rowan. Il n'a pas d'expérience de la guerre, ni de la conduite des hommes. Laissez-moi ici à sa place.
— Tu viens avec moi, dit Karyon, inflexible.
— Rowan a raison, déclara Donal en se levant de la couchette. Je ne connais rien à la guerre.
— Ces hommes sont des vétérans. Ils t'apprendront ce que tu dois savoir. Il est temps que tu te familiarises avec la conduite d'une armée.
— Dans ce cas, pourquoi m'envoyer d'abord à Mujhara ?
— Parce que Aislinn y est. Il est difficile de concevoir un enfant quand l'époux et l'épouse sont séparés par des centaines de lieues.
— Par les dieux, jura Donal, choqué, elle vient juste de se remettre ! Ce n'est pas décent...
— Il n'y a pas le temps pour la décence quand la guerre est là, dit le Mujhar. J'ai un héritier, pas toi. Il est nécessaire que tu t'en fasses un. ( Il s'adressa de nouveau à Rowan. ) Assure-toi que ma moitié de l'armée sera prête à partir au matin.
— Oui, mon seigneur, dit Rowan.
Karyon sortit.
— Il est fou, lança Donal d'une voix rauque. Par les dieux, je crois que...
Rowan haussa les sourcils.
— Quelle folie y a-t-il à essayer de protéger Homana, et à servir la prophétie ?
— De cette façon ?
— Il n'en reste pas d'autre, dit Rowan. Préparez-vous à partir demain matin.
Les terres de la frontière solindienne n'avaient ni la beauté ni la variété des paysages homanans. Seuls quelques arbres squelettiques en brisaient l'uniformité.
Un lieu désolé, convenant bien aux Ihlinis..., pensa Donal.
Lui et Karyon chevauchaient loin à l'avant de l'armée qui rentrait à Homana. Le Mujhar était vêtu simplement, en soldat. Pour indiquer son rang, il ne portait que sa chevalière et une broche d'argent et d'émeraude.
Par les dieux, quel homme il est malgré tout... Quel guerrier ! J'aurais aimé l'avoir connu avant que Tynstar lui vole sa jeunesse.
Et que dira-t-on de toi plus tard ? demanda Taj, tourbillonnant dans le ciel.
De moi ? Que je ne pourrai jamais être l'égal de Karyon.
Crois-tu ? demanda Lorn. N'a-t-il pas fait son chemin dans la vie, comme tu feras le tien ?
Oui, soupira Donal. Ce qu'ils diront de moi, je le saurai bien assez tôt...
— Je te remercie de m'avoir accompagné, Donal, dit Karyon. Tu aurais pu refuser.
— Vraiment ?
Karyon se frotta pensivement les mains.
— Oui. Tu en as la possibilité. Je ne t'ai pas privé de toute ta liberté... même si tu as cette impression.
— Quoi qu'il en soit, il m'est... difficile de vous refuser quelque chose.
— Parce que je l'ai voulu ainsi. Mais j'en ai fini. Je ne te dirai plus comment tu dois te comporter, ce que tu dois être. Je t'ai amené ici pour te demander pardon.
— Pardon ?
— Oui. Duncan m'a légué un morceau de métal brut et j'ai fait de mon mieux pour le transformer en épée. Mais je ne suis pas un maître de forges, et j'ai peut-être, sans le vouloir, terni l'acier. J'ai gardé cette épée au fourreau pendant près de seize ans. Il est temps qu'elle fasse ses preuves à la bataille.
— Mon seigneur...
— Je suis désolé, Donal. Je pourrais t'énumérer les raisons qui ont fait de moi ce que je suis, les excuses pour ce que tu as subi... Mais j'en ai terminé. J'en ai terminé avec... beaucoup de choses. Je suis désolé, pour toi, pour Aislinn, pour l'enfant qui doit naître de cette union... Mes batailles touchent à leur fin. C'est à toi que revient le fardeau. La guerre est ignoble, mais parfois nécessaire. La décence aussi, quoi que j'ai dit hier soir. Je prie pour que tu sois capable de faire ton devoir avec la décence qui m'a été refusée... et l'humanité dont tu auras besoin.
— Ru’shalla-tu, dit Donal d'une voix rauque. Je prie les dieux qu'il en aille ainsi.
Karyon sourit.
— Ja'hai, Donal. Cheysuli i'halla shansu.
Donal tendit le bras. Karyon lui prit la main à la façon des Cheysulis.
— Je l'accepte, dit-il. Puisse la paix cheysulie être aussi avec vous.
— Nous devrions retourner dans les rangs, dit enfin Karyon. Rowan va s'inquiéter.
— Et il aura raison, fit une voix ironique.
Donal fit pivoter son cheval, vite imité par Karyon. Devant eux, à pied, se tenait Tynstar.
Accompagné d'EIectra.
Elle rit.
— Nous les avons pris par surprise, mon seigneur.
— Je pense que nous les avons rendus muets, susurra Tynstar.
— Non, dit Karyon. Mais je suis effectivement surpris que vous veniez ici. L'armée n'est pas très loin.
— Ce que je veux faire prendra peu de temps, dit Tynstar.
Les yeux gris pâle d'EIectra se posèrent sur Donal.
— Tu voulais Karyon, et nous avons aussi attrapé le louveteau. M'en feras-tu cadeau, mon amour ?
Donal sentit l'appréhension lui nouer les entrailles.
Lirs ?
Que pouvons-nous faire ? gémit Lorn.
C'est la loi, lir, celle que nous ont donnée les dieux. Nous n’attaquons pas les Ihlinis.
Parce nous sommes parents par le sang ?
Ni le loup ni l'oiseau ne répondirent.
— Si tu le veux, Electra, tu devras attendre que j'en ai terminé avec Karyon. Je ne souffrirai pas d'interférence, pour le moment.
L'Ihlini leva un doigt. Donal fut projeté à bas de son cheval, dans un étrange néant glacé et terrifiant. Puis il atterrit sur le sol, le souffle coupé. Il essaya de se relever et s'aperçut qu'il était paralysé.
— Tu as envoyé Osric à Hondarth, accusa Karyon.
— A la guerre, tous les coups sont permis. Ce n'est pas à toi que je l'apprendrai.
Karyon n'hésita qu'un instant. Puis, tirant son épée du fourreau, il éperonna son cheval et chargea.
Tynstar leva une main et l'air sembla exploser en une gerbe de flammes.
Karyon fut jeté à bas de sa monture ; il laissa échapper son épée.
Tynstar envoya un éclair qui pulvérisa le sol autour de Karyon et le couvrit de poussière.
— Pas trop vite, dit Electra. Qu'il se rende compte qu'il va mourir.
Karyon se mit à genoux. Donal vit son corps trembler, épuisé, sa poitrine se soulever au rythme d'un souffle haletant. Il bascula vers l'avant. Ses mains touchèrent le sol.
Oh dieux, supplia Donal, ne laissez pas les choses se terminer ainsi !
Karyon allait tomber, face contre terre. Son corps s'affaissa...
... mais il ne s'écroula pas. Il tira le couteau qu'il portait à la ceinture et le lança.
— Non ! hurla Electra.
Le couteau s'enfonça profondément dans la poitrine de l'Ihlini.
Karyon rit.
— Qui mourra aujourd'hui, Tynstar ? Moi, ou toi ?
Tynstar agrippa la garde du couteau. Un murmure sifflant sortit de ses lèvres.
— Seker..., dit-il. J'appelle le Seker...
— Comment ? dit Karyon d'un ton moqueur. Tes pouvoirs te quitteraient-ils ? Tu fais appel à ton dieu des ténèbres ?
— Seker..., continua Tynstar. Je fais appel au Seker...
— Devant un Cheysuli ? demanda Karyon en se remettant péniblement debout. Je crois que ta supplique est vouée à l'échec.
Tynstar leva la main droite.
— Asar-Suti ! Viens à mon secours !
Karyon n'attendit pas. Il roula à terre, se jeta sur son épée, la ramassa et força son corps épuisé à se redresser.
La lame décrivit un mortel demi-cercle.
Electra hurla. La main de Tynstar retomba mollement à son côté. Il resta debout un instant de plus, puis ses genoux cédèrent.
Mais sa tête toucha le sol avant son corps.
Electra continua à crier. Elle s'arrêta, les yeux fixes.
Donal se leva. Il regarda le corps décapité : un coup franc. Le sang coulait toujours, épais et visqueux. II n'était pas rouge, mais du noir le plus profond.
Karyon se tourna vers Donal.
— Comment te sens-tu ?
— Il ne m'a pas blessé. Karyon, fais attention à Electra !
Le Mujhar se retourna. Electra ne faisait pas mine d'attaquer. Elle alla près du cadavre et s'agenouilla. Sa chevelure blonde traîna dans le sang noir. Peu à peu, la couleur se communiqua à sa robe, à ses mèches...
— Electra, dit Karyon, il est mort.
Elle gémit et passa ses mains sur le torse ensanglanté.
Soudain elle arracha le poignard de la blessure. Se redressant d'un coup, elle visa l'abdomen de Karyon...
... et s'empala jusqu'à la garde sur l'épée du Mujhar.
— Une telle beauté..., murmura Karyon d'une voix désolée.
Le couteau échappa à Electra. Karyon la rattrapa, l'allongea doucement sur le sol. Puis il lui ferma les yeux et lissa ses jupes. Il retira l'épée de son corps et lui croisa les mains sur l'estomac. Enfin, il écarta la splendide chevelure, désormais à moitié noire, dégageant son visage magnifique.
Sous les mains jointes d'EIectra, Donal vit le sang se répandre peu à peu. Noir et épais, comme celui du sorcier ihlini.
Tynstar et Electra morts... Cela veut-il dire qu'Aislinn est enfin libre ?
Le Mujhar se releva. II reprit son épée et se tourna vers son héritier.
— Il faut que tu retournes au camp. Je continue ma route pour défaire Osric. Je transmettrai tes regrets à ma fille.
— Mais... Je pensais que vous vouliez que j'aille la voir...
— J'avais tort. ( Il regarda le corps de son épouse. ) Autrefois, elle a dû être une simple femme... avant de devenir une sorcière. ( Il saisit l'épaule de Donal. ) Va. Regagne Solinde en mon nom.
Donal se détourna. Il monta son étalon alezan. Il se tourna vers l'ouest, vers le camp qui était si loin.
Quand il regarda en arrière, il vit Karyon, debout auprès des cadavres de son épouse et de l'Ihlini.
Comme s'il portait le deuil des deux...